lundi 25 mai 2020

Volontaire à l'EHPAD Hérold, durant l'épidémie du Coronavirus


L'EHPAD a reçu beaucoup de messages de soutien,  de remerciements, des poèmes des familles des résidents et des dessins d'enfants.


 Les médias font circuler beaucoup d'images extrêmement violentes,  tristes , choquantes de la vie des personnes âgées confinées,  dans les maisons de retraite en  dévoilant aussi
 des chiffres alarmants de décès de personnes contaminées .
Malgré qu'il existe une réalité de la contamination du coronavirus avérée, de procédés prophylactiques strictes à respecter, à l'EHPAD Hérold,  j' ai rencontré des personnes âgées,  qui m'ont raconté des moments de leurs vies, des tranches de vie, des bribes de leurs histoires,   des personnes qui m'ont faire rire, et qui ont ri . Des personnes muettes, des personnes sourdes,  des personnes handicapées, des  personnes installées dans un autre monde,  dans un ailleurs auquel nous n'avons pas accès, des personnes déconnectées de la réalité qui m'ont mis des sourires dans leurs regards,  fait un signe de tête, des personnes qui m'ont remercié....


Très sensibilisée par la vie des personnes âgées,  
je n'ai pas hésité une seconde, malgré le risque encouru,  à me porter volontaire pour aller aider le plus possible , en fonction de mes capacités,  le personnel de la résidence et assurer au maximum l'accompagnement  des personnes âgées confinées. Être là pour elles, leur tenir compagnie, tenter de répondre le plus possible à leurs besoins. Essayer de partager avec elles des moments conviviaux normaux durant une période totalement anormale.
 Une période entachée de morbidité et du danger pour elles 
d'être contaminées par le  Coronavirus.

Les trois premiers jours j'avais le corps et l'esprit complètement brisés, j'étais  anéantie,  remplie d'une immense  tristesse à côtoyer des personnes  âgées prostrées, repliées sur elles-mêmes.    Voir des personnes qui ne  mangeaient pas ou peu. Qui ne parlaient pas.. Des personnes qui donnaient l'impression d'avoir abandonné la partie.
Voir un personnel exténué, choqué, continuer à venir travailler malgré la fatigue et le  risque de contamination pour elle et pour leur famille .

Mais au bout d'un mois et demi,  si je  sors toujours fatiguée d'une journée de travail,  je suis enrichie de tout ce que les résidents m'ont dit, raconté, sur eux, sur leurs vies, des souvenirs par bribes,  des histoires du quartier,  souvent racontés avec grande sagesse  et  beaucoup d'humour et ce  malgré leur désarroi,  leur solitude, leurs douleurs pour certaines autant  physiques que morales. 
Nous rions aussi beaucoup !

J'admire ces personnes qui portent le poids d'une longue vie souvent très chargée de souffrances 
et de deuils continuer à nous accueillir avec beaucoup de dignité, de  politesse,  
de courtoisie et d’élégance dans les gestes de certains...
 Je suis remplie aussi  des sourires  et des regards  complices des personnes qui ne parlent pas,
des personnes qui n'entendent pas.
 Je suis contente d'avoir réussi à surmonter le décalage de communication avec  certains résidents qui dans des phases de lucidité ou d’absence d'encrage dans la réalité et du temps présent, m'ont permises de rentrer dans leurs mondes et pensées...

Instaurer le dialogue, des échanges, assurer une présence, 

La vie continue , le dialogue, la complicité  s'effectuent  envers et contre tous, si nous prenons le temps d'accorder des moments à ces personnes. Des moments d'humanité. Être là pour elles, instaurer un dialogue coûte que coûte selon leur envies et niveaux de capacité  à communiquer. 
Anticiper leurs besoins qu'elles sont souvent dans l'incapacité à exprimer.
 Selon leur niveau de conscience et de lucidité, des informations qu'elles reçoivent par la télévision , pour celles qui en ont une, des journaux pour ceux qui sont abonnées et qui arrivent à lire,  curieusement elles ne parlent pas ou peu de l'épidémie. Certaines nous trouvent même courageuses, nous encouragent, nous remercient . D'autres s'excusent de leurs infirmités.
 A croire que   c'est elles qui sont là pour nous remonter le morale.

Pour rappel, les résidents dépendants  sont à l'Ehpad pour y terminer leurs vies. Ils sont là car ils ne peuvent plus vivre tout seuls chez eux ou chez un membre de leurs familles Ces personnes âgées peuvent être nos parents,  nos grands parents,  un membre de notre famille, un voisin, un commerçant du quartier, un instituteur ... Une personne qui nous a vu grandir et que nous avons vu vieillir.. Nos ainés en fins de vie, sont à protéger et à respecter. Plus vous leur accordez du temps , de la patience,  plus elles ont des choses à vous dire et du coup vous en oubliez complétement leurs âges .
 Elles sont aussi porteuses de mémoire et d'un passé résolu. .Et c'est aussi ce que nous deviendrons !

Ce qui a changé depuis le confinement lié à l'épidémie du Coronavirus
Pour les résidents de l'EHPAD
Les résidents ne voient plus les visages du personnel et particulièrement  les visages des aides soignantes   cachés derrière les masques et les visières , qui viennent faire chaque matin leurs toilettes et leur apporter leurs repas. 


 Elles ne  voient pas plus les visages des infirmières qui viennent distribuer les médicament, prendre températures et tensions, faire les prises de sang ou leur poser des perfusions.  Et fait  incroyable,  les résidents vraisemblablement se sont  habitués aux combinaisons, masques et visières , aux allures du personnel qui sembleraient sortir d'un livre ou d'un film de science fiction ! 


 Les personnes âgées doivent rester confinées dans leurs chambres 24h sur 24. 
Elles ne vont plus déjeuner dans la grande salle à manger du rez de chaussée
 ni dans les salles à manger des étages. Elles ne peuvent plus circuler dans les couloirs,
 communiquer entre elles.
Elles ne reçoivent plus les visites  de leurs familles ou de leurs amis.
Elles ne vont plus chez le coiffeur, ni chez le pédicure , ni en salle de kinésithérapie, autant de services à la personne qui assurent  un lien social , leur procure du bien être,  des présences bienveillantes supplémentaires et qui tiennent à la résidence
 en temps normal des permanences régulières.

Les sorties et les animations collectives ont été interrompues mais toutefois remplacées  par des animations individuelles en chambre avec les volontaires.


Aïcha l'animatrice très impliquée 
et réclamée par les résidents depuis le confinement.
En ce moment Aïcha s'occupe , avec les psychologues et les volontaires essentiellement 
d'organiser les visites des familles et les visioconférences pour les résidents des 4 étages.Elle organise  la venue du chanteur,  va  voir chaque résident pour passer un moment avec  et leur demander leurs besoins pour ensuite aller  faire leurs courses.
 Aïcha s'occupe aussi du jardin de l'EHPAD !

Atelier coloriage de résidents avant le confinement 



 
Sortie au jardin bol d'air et animations individuelles
Les sorties au jardin peuvent s'effectuer uniquement 
avec un résident à la fois et qui doit porter un masque.


Nicolas animateur volontaire du CASVP. 
Il retourne la terre sous le regard avisé d'une résidente.



Ce qui a de changé depuis le confinement lié à l'épidémie ,
 pour le personnel 

Une réorganisation totale et exceptionnelle des pratiques  de travail .
 Pour l'équipe de direction et d'encadrement un travail considérable 
L'anticipation des commandes  du  matériel nécessaire pour éviter la propagation du virus et de sa  distribution, pour chaque étage 
et pour chaque agent composant les trois  équipes.

 Organisation de la désinfection régulière de toutes les parties communes et des chambres.

Une gestion rigoureuse du  circuit du linge des résidents, et du personnel  .

Noussira, la lingère s'est montrée , extrêmement et  particulièrement  attentive
et à l'écoute des besoins des résidents,
avec Leila distribuent chaque jour au personnel les tuniques et pantalons qui sont lavées en machine.à laver à la buanderie de la résidence.  En temps normal les tenues sont envoyées à une blanchisserie située à l'extérieur  de l'établissement. Elles montent distribuer dans les étages les habits propres et repassés  des résidents. Elles gèrent  aussi le circuit du linge.


L'accompagnement,  l'organisation des missions, des plannings pour les nombreuses personnes qui se sont portées volontaires, bénévoles et des vacataires, des  contractuels  qui ont été recrutés en renfort

Pilar du service financier de la CASVP 
et Dolorès de la DJS, volontaires à l'EHPAD. 
Un jour en allant au 2éme étage pour déposer ma tenue aux linge sale,
 j'ai croisé Pilar en train de danser sur de la musique avec ses résidentes valides.
Les résidentes en chaises roulantes, tapaient des mains, des pieds ou se dandinaient !
Quelle ambiance, la vie, la joie de vivre de ces personnes âgées étaient bien la 
et communicative ,  et ce malgré la réalité du danger omniprésent ...

 le personnel doit tout faire pour protéger les résidents de la propagation du virus tout en  se protégeant lui même. Il doit respecter scrupuleusement les gestes barrières et la distanciation avec les résidents . Distanciation délicate pour les aides soignantes qui font leurs toilettes et très frustrantes pour les résidentes qui veulent nous embrasser ou nous donner la main !
Tout le personnel   porte en permanence des masques ,  se désinfecte les mains ou porte  des gants jetables.  A chaque étage, chaque jour, deux équipes sont constituées. Une équipe en combinaison bleue, porteur du masque FFP2 et d'une  visière, pour s'occuper des personnes contaminées et une autre équipe pour se consacrer à celles qui ne le sont pas. Les masques sont remplacés toutes les quatre heures, les visières désinfectées régulièrement, les tenues de protection sont jetées dans des boites spéciales à chaque fin de service et les blouses et pantalons changés chaque jour.

Faïma l'hôtelière, s'occupe de la distribution des repas dans chaque chambre et de la vaisselle.
 Un poste qui a été rajouté pour soulager le travail des aides soignantes

 Un surplus considérable de travail ,
 de  tension , de fatigue pour les aides soignantes et  les hôtelières. 

Gwenaëlle, la très souriante aide soignante 
en train de faire le lit d'un résident après lui avoir fait sa toilette et
 l'avoir aidé à prendre son petit déjeuner.
Il lui reste 8 résidents à s'occuper avant  le déjeuner de midi .

Les résidents n'allant plus déjeuner en salle à manger, 
 elles doivent apporter les repas dans chaque chambre. D'abord il leur faut  installer le  plus confortablement possible  les résidents. Pour les uns se sera un déjeuné  au lit, d'autres seront installés sur  une chaise ou sur un fauteuil roulant. . Elles font de nombreux  allers et  retours dans le long couloir avec les volontaires  pour aider à manger les résidents qui sont dans l'incapacité de le faire seul. Pour les petits déjeuners elles circulent avec un charriot, qu'elles ont rempli de mets adaptés aux goûts  et aux régimes alimentaires de chaque résident. Jus de fruit, café, lait, thé, petits pains et pains de mie, beurre, confiture, bouillie,  laitage, compotes et viennoiseries le dimanche. 
En l'absence de l'hôtelière, elles sont aussi chargées de faire les vaisselles à  l'office de l'étage . 
En temps normal les vaisselles sont faites dans la cuisine du rez de chaussée.


La préparation du  petit déjeuner et l'installation des 24 résidents prend du temps.
Mais plus encore est le moment où nous allons rester avec chaque résident  pour savoir ceux qui sont capable de manger tout seul et ceux qu'il faut aider .
Respecter ou stimuler leur  autonomie en leur laissant   attraper très doucement,  en tremblant,  attraper maladroitement, péniblement  une petite cuillère, une tartine de petit pain beurre confiture, ou de pain de mie, les  laisser ou les aider attraper un verre de jus de fruit , un bol de café au lait ou de bouillie sans  renverser d'autant que certaines n'y voient plus beaucoup. Leur laisser le temps,  d'avaler, mâcher, puis revenir pour tenter de les aider à terminer ce qu'ils ont laissé sur leur plateau ... Ou tout simplement les faire manger car certaines n'ont plus l'envie ou  la force de le faire tout seul.  

Aller faire manger  ou boire une personne qui n'en éprouve pas le besoin ou l'envie
S'avère être une tâche très compliquée mais en général les petits déjeuners 
sont mieux accueillis que les repas du midi.

 Les petits déjeuners étant pris, 
les 3 aides soignantes procèdent de 9 h à midi aux  23 toilettes entières des résidents .
 Un grand coup  de chapeau et applaudissements pour les  aides soignantes !
Quand bien même elles ont été formées pour s'approprier les gestes et postures des toilettes au lit ou toilettes des personnes à mobilité réduite,  voilà un exercice bien sportif et bien fatiguant. 
Mais le temps de la toilette est aussi le moment privilégié  pour les aides soignantes de s'assurer de l'état de santé du résident et au besoin transmettre aux médecins et infirmières les problèmes détectés et un moment privilégié pour parler avec lui .
Un moment particulièrement important durant le confinement !

A peine les toilettes terminées, 
vers midi  le charriot du déjeuner arrive
comme  l'hôtelière n'est pas toujours présente,  les aides soignantes doivent disposer 
le plus rapidement possible sur chaque plateau,  en fonction des régimes des résidents, 
les entrées, les plats de résistance et les desserts .
 Puis aller les déposer dans  chaque chambre et aider les résidents à manger.


Emmanuelle, la diététicienne vient une fois par semaine, 
établir les régimes alimentaire des résidents


Rémi, le chef cuisinier depuis 2007
Jean-Claude le cuisinier

Les repas des résidents sont cuisinés sur place par  10 cuisiniers. 
 Comme les résidents ne viennent plus manger à la salle à manger, 
le contact avec les résidents leur manque énormément ! 

La grande salle à manger, sans ses résidents

Le kinésithérapeute et l'ergothérapeute  vont dans les chambres
 afin de mobiliser les corps  des résidents et leur assurer une présence  réconfortante.
En temps normal les résidents se déplacent  dans les salles de travail 
 de la résidence qui sont équipées.


Séverine, l'ergothérapeute a dû adapter, pour les besoins du confinement,
ses interventions en chambre.
Elle  aide avec extrême attention et douceur à stimuler  la  mobilisation des gestes quotidiens
des résidents afin de les aider à  conserver une certaine autonomie



 A ce jour, tous les résidents de l'étage où je travaille vont mieux  !
Aucun résident n'est  plus contaminé par le Coronavirus.
Ils sortent progressivement du déconfinement
Un Chanteur  vient  une fois par semaine donner un récital 
Le spectacle musical se déroule tout de même dans le respect de la distanciation  des résidents
Certains résidents ont eu la visite de leur famille avec la  distanciation requise
Et Certains ont hâte  de  reprendre leur vie d'avant le confinement  ...

A l'étage où je travaille nous avons vingt deux résidents. 
Dix sept  femmes et cinq  hommes .
Avant le confinement, lorsque les résidents pouvaient se déplacer librement, 
on m'a raconté qu'un des hommes suscitait la rivalité entre plusieurs dames !

Article à suivre 
Ce que j'ai fait comme volontaire à l'EHPAD durant 38 jours